Parcours Migratoires

A l’origine du parcours migratoire de la majorité des migrants présents à Calais, se trouve la fuite soit liée à des persécutions, à la violation de droits de l’homme ou à la guerre civile.

Les Érythréens tentent d’échapper à un service militaire sans fin et à un régime dictatorial qui verrouille le pays par un parti unique depuis 1993. Les Soudanais sont en proie à des « violations graves et généralisées des droits de l'homme et du droit humanitaire international » selon le Parlement européen. Depuis 2011, les Syriens fuient la guerre civile et les exactions dont sont victimes les populations. Les Afghans constituent, après les Syriens, la plus grande nation de réfugiés au monde.

La motivation première de ces personnes est donc de fuir les menaces et de trouver protection et sécurité en Europe. Ils souhaitent pouvoir mener une vie normale. À côté de ces personnes relevant du droit d’asile cohabitent également des migrants qui ont quitté leur pays d’origine dans l’espoir de meilleures opportunités d’avenir.

Les migrations actuelles utilisent trois routes principales :

  • La route orientale qui permet le passage de la Turquie vers la Grèce
  • La route centrale de la Tunisie et la Libye vers l’Italie
  • La route occidentale depuis le Maroc vers l’Espagne.

Les parcours migratoires diffèrent selon les nationalités. Les personnes originaires de la Corne de l’Afrique (Érythrée, Éthiopie, Soudan) et d’Égypte transitent quasiment systématiquement par la Libye, puis l’Italie et enfin la France.

Les personnes originaires du Proche et du Moyen-Orient (Syrie, Irak, Iran), ainsi que d’Afghanistan et du Pakistan, transitent généralement par la Turquie, puis rejoignent l’Union européenne par la Grèce puis l’Italie ou la Bulgarie afin d’atteindre l’ouest de l’Europe.

Pour la population albanaise, les Balkans, l'Allemagne et la Belgique constituent la route migratoire la plus courante pour rejoindre la France.

Pour mieux comprendre les parcours migratoires : voir la vidéo « Cartes sur table » par Le Monde :

L'étape Libyenne

Après la fin de la dictature de Mouammar Kadhafi en 2011, l’instabilité politique du pays et le manque de contrôles (vis-à-vis des autres pays du Maghreb) ont été propices à en faire une plaque tournante des parcours migratoires et à favoriser l’implantation de réseaux de traite des êtres humains.

Tous les migrants qui se rendent en Libye n’ont pas pour but de rejoindre l’Europe. C’est aussi un pays de destination qui attire une importante main-d’œuvre africaine. Une part des migrants originaires des pays du Sahel se rendent Libye quelques mois pour des travaux saisonniers.

Source: JeuneAfrique

Depuis l’Afrique de l’Ouest, le trajet jusqu’à Agadez, au Niger, est relativement aisé, du fait de la liberté de circulation entre les États de la Cedeao. Là, deux choix s’offrent à eux : transiter par Tamanrasset, en Algérie, pour rejoindre l’Ouest libyen ; ou traverser le désert. Des réseaux de passeurs soudanais et érythréens organisent, quant à eux, le périple depuis la Corne de l’Afrique.

La Libye est devenue le principal point de départ des migrants clandestins africains vers l'Europe. Outre la topographie (la côte sablonneuse offre plus de facilités d’embarquement), l’éclatement politique de l’Ouest libyen explique ce choix. Aujourd’hui, c’est principalement de Zawiya, à 50 km de Tripoli, que partent les embarcations de migrants. Si certains réussissent à rejoindre l'Europe, beaucoup d'entre eux sont détenus dans des centres de rétention où ils subissent les pires violences (torture, esclavages, viols, …) avant d’être tués.

Frontières européennes et pays d’entrée

Les personnes migrantes que l'on rencontre dans le Nord-Pas-de-Calais ont en majorité utilise les deux portes principales de l'Europe : l'Italie par la traversée de la mer Méditerranée depuis la Libye ou la Tunisie, et la Grèce depuis la Turquie.

Les routes migratoires passent généralement par la Méditerranée. Cette une étape périlleuse et meurtrière comptabilise plus de 26 000 morts ou « disparus en mer » entre 2000 et 2016. Ces chiffres sont rapportés par The migrants files, collectif de journalistes ayant enquêté sur les coûts financiers et humains des parcours migratoires et des politiques associées. Leur travail s’est interrompu en 2016, faute de financements. Leurs résultats sont disponibles en ligne.

Calais et sa Jungle

La Jungle de Calais

Pour les personnes souhaitant rallier l’Angleterre, Calais est une étape incontournable et l’une des plus difficiles à franchir. Les personnes y stagnent le temps d’effectuer de multiples tentatives afin de franchir la Manche, au péril de leur vie. De 1999 à 2002, un camp de migrants a été installé dans des locaux de Sangatte. Ensuite, au rythme des flux migratoires et des évacuations, des campements se sont installés et désinstallés créant la « Jungle de Calais ».

Source: Statista

La jungle de Calais (suite à l’utilisation par certains exilés du mot pachtoune « jangal » - forêt) n’a pas de localisation précise jusqu’en 2015. Les migrants s’installent notamment sur les lieux d’une ancienne décharge, à quelques kilomètres du centre-ville de Calais. Pour sa proximité avec l’Angleterre, avec les ferries, avec le tunnel sous la Manche, cette localisation est privilégiée.

En 2015 et 2016, l’afflux de migrants provoque une augmentation sans précédents du nombre d’habitants sur la zone, malgré une tentative de démantèlement partiel au premier trimestre 2016.

La Linière

Dans le même temps, sur la commune de Grande Synthe, un campement de plusieurs milliers de personnes s’est installé dans le quartier « Baroch ». Surnommé le « camp de la honte », il fut détruit début 2016 après avoir pris soin de construire un camp humanitaire dans le quartier de « La Linière ». et ses habitants évacués vers le camp humanitaire de La Linière. Les migrants ont pu vivre dans un camp aux normes humanitaires, financé par MSF et par la ville de Grande-Synthe.

Source : La voix du Nord

En septembre 2016, le camp de Calais est démantelé et les 6500 personnes sont dirigées vers des CAO, un peu partout en France, afin d’y être hébergées et d’y effectuer les démarches administratives nécessaires à une demande d’asile.

Des personnes demeurent toujours dans des camps sauvages éparpillés autour de Calais et Dunkerque, attendant l’opportunité pour se rendre en Angleterre.

Pourquoi l'Angleterre ?

France Terre d’Asile expose, dans « Les migrants et le Calaisis », des pistes pour appréhender et comprendre le choix des migrants d’aller en destination du Royaume-Uni, en voici un résumé :

L’attractivité du Royaume-Uni

  • Maîtrise de la langue anglaise, facilitant l’intégration future
  • Présence de la famille et/ou de la communauté d’origine, motivant le choix de destination et facilitant l’intégration
  • Possibilités de travail (une présumée plus grande facilité à travailler au Royaume-Uni)
  • Hébergement immédiat: en principe, au Royaume-Uni, tout demandeur d’asile en procédure normale qui le souhaite est orienté vers un centre de premier accueil puis un hébergement

La non-attractivité de la France

  • Difficultés d’accès à un hébergement : en théorie en France, tous les demandeurs d’asile doivent bénéficier d’un hébergement durant l’examen de leur demande. En pratique, ils rencontrent de nombreuses difficultés pour y accéder. À Paris comme à Calais, le simple enregistrement de la demande d’asile peut prendre jusqu’à 4 mois et, dans l’attente aucun hébergement n’est proposé aux hommes isolés. Par ailleurs, seul 33 % des demandeurs d’asile ont accès aux centres d’accueil pour demandeurs d’asile.
  • Délai de la procédure d’asile trop long : le délai moyen d’une procédure d’asile est de 15 mois en France. Ce délai est trop long lorsque les conditions de vie sont très précaires et sans garantie d’avoir un hébergement.

L’influence des réseaux de passeurs et le manque d’information

Les réseaux de passeurs sont très présents et influents dans la région de Calais, ils ont tout intérêt à ce que les migrants fassent appel à leurs « services » pour tenter de passer au Royaume-Uni. Ils exercent une pression et un travail de désinformation auprès des migrants en dressant un tableau noir du système d’asile français et idyllique de son pendant britannique. Les migrants sont d’autant plus faciles à convaincre qu’ils manquent cruellement d’information sur le droit d’asile en France. Par ailleurs, le « poids de la dette », contractée par les migrants auprès des passeurs afin d’arriver jusqu’en Europe, favorise l’emprise de ces derniers sur leurs proies.